Quels bras pour les travaux saisonniers en Champagne ?

Quels bras pour les travaux saisonniers en Champagne ?

Face à l’augmentation des demandeurs d’emploi, comment peut-on concilier les besoins d’une filière et ceux du territoire ? Quelle organisation et quel outil pour mettre en adéquation les ressources et les besoins ? C’était le sujet de la table ronde organisée par la Cuverie le 13 octobre.

Table ronde durant l'after work de la Cuverie sur le thème : Quels bras pour les travaux saisonniers en Champagne ?
Dans un contexte de crise sanitaire, la table ronde était proposée en visioconférence. (© C.Meilleur)

Cette table ronde, organisée le 13 octobre dans le cadre des Ateliers de la Cuverie, réunissait une très belle brochette d’intervenants d’horizons différents. Christian Bruyen, président du Conseil départemental de la Marne, Pierre Dumont, administrateur du SGV en charge des problématiques de l’emploi, Émilie Loiseleux, responsable ressources humaines du vignoble chez Moët et Chandon, Sébastien Rigobert, CEO de G2V services et Jean-Baptiste Vervy, CEO de WiziFarm ont donné tour à tour leur éclairage.

Le Département, un acteur majeur pour le retour à l’emploi

Le président Bruyen a ouvert les échanges en rappelant toutes les initiatives déjà réalisées sur son territoire. Entouré des différents représentants de la filière champagne, il a rappelé la principale mission du Département qui est la lutte contre l’exclusion. Le Département gère ainsi l’aide financière versée par la CAF ou la MSA aux 14 000 bénéficiaires du RSA de la Marne.

Après avoir identifié les freins, l’action du Département vise à créer les conditions favorables du retour à l’emploi. D’où la création du RSA Vendange, repris par de nombreux départements. Tous les acteurs de la filière soulignent son utilité. Il consiste, pour le bénéficiaire, à cumuler ses aides RSA avec la rémunération liée à la participation aux travaux saisonniers agricoles. C’est un coup de pouce temporaire dont l’objectif est bien évidemment un retour à emploi stable à brève échéance.

D’autres initiatives ont essaimé sur le territoire français. Citons la mise en place d’une plateforme numérique «  Actif51  » qui compte aujourd’hui plus de 3 000 profils, renseignés par les bénéficiaires eux-mêmes, ou par l’agent du département. Cette plateforme permet de simplifier les démarches administratives des entreprises qui recrutent et de faciliter la mise en relation. Les actions menées sous la présidence de Christian Bruyen, tout comme sa présence à cette table ronde témoignent de son souci d’être à l’écoute des acteurs et de leurs besoins. Il a enfin souligné de belles réussites. Il a évoqué notamment  le cas d’un arboriculteur qui a accueilli un groupe de 19 bénéficiaires du RSA pour la cueillette des pommes. Cet exploitant s’est félicité de leur implication dans le travail.

S’appuyer sur les chefs d’équipe et le collectif

Sébastien Rigobert (G2V) confirme que pour répondre aux besoins de la filière, il ne serait pas possible de recruter les vendangeurs un à un, même avec l’aide d’outils digitaux. La solution passe forcément par l’identification de chefs d’équipe commissionnés pour constituer leur propre équipe dans leur réseau. Ils étoffent chaque année ces équipes et en gardent la responsabilité.

La filière champagne représente un quart de l’emploi régional. 90 % des vignes appartiennent à des vignerons. Mais les prestataires de service fournissent 50 % des bras. Les viticulteurs devraient pourtant être les premiers employeurs de main d’œuvre. Pierre Dumont (SGV) précise que seulement 10 % des viticulteurs proposent d’héberger leurs vendangeurs dans les conditions de normes actuelles. Pierre Dumont est viticulteur, administrateur de la MSA et membre de la section employeurs du Syndicat Général des Vignerons. Il explique cette situation par l‘exigence des conditions d’hébergement devenues plus contraignantes que pour la résidence locative.

D’autre part, les viticulteurs ne sont pas toujours formés à l’encadrement d’un nombre important de travailleurs, même pour une période courte.

Enfin le vigneron peut parfois se sentir seul face à des comportements inappropriés. Il peut parfois être confronté à des situations à risques.

La délégation de cette étape à des prestataires spécialisés se pratique de plus en plus pour prioriser la maîtrise d’aspects techniques de la vendange. Enfin Pierre Dumont souhaite souligner et encourager la création de groupements d’employeurs.  » Ils témoignent de la capacité des viticulteurs à aborder les problématiques de manière collective » observe-t-il.

Favoriser l’emploi local

Emilie Loiseleux a souligné cette notion de groupe. Elle compare la vendange à une épreuve sportive. La solidarité est nécessaire et naturellement présente au sein des équipes de vendangeurs. Elles sont souvent constituées sur la base de communautés partageant une même origine géographique, un lien familial, un même univers professionnel ou extra-professionnel comme les pompiers ou les footballeurs. À l’appel des viticulteurs, ils prennent leurs congés pour venir prêter main-forte pour la vendange.

Cette année la crise sanitaire a compliqué le recrutement de saisonniers, se rappelle Émilie Loiseleux. Le contexte a nécessité de repenser et de diversifier le sourcing. Le recours à l’emploi d’une main-d’œuvre locale peut présenter des avantages en matière de commodité et de disponibilité. De plus, l’entreprise est consciente de son rôle économique pour le territoire. Elle a conduit des tests cette année avec l’embauche de 2 équipes de vendangeurs issus des chantiers d’insertion. Elle a également organisé des jobs dating avec l’aide de Pôle Emploi. Ils ont été utiles et méritent d’être davantage étudiés, relayés et coordonnés.

Mission, pour un recrutement adapté à chacun

Pour ceux qui souhaitent garder la maîtrise de leur vendange, Jean-Baptiste Vervy (WiziFarm) souligne que les vendangeurs sont aussi des consommateurs. De retour chez eux, ils seront autant des promoteurs du produit dont ils ont pu apprécier la fabrication. Avec 100 000 profils renseignés, la plateforme Mission peut fournir les ressources aux viticulteurs qui publient leur mission. Elle leur propose ses profils en fonction de sept critères dont la disponibilité, les compétences ou leurs affinités communes.

Jean-Baptiste attire l’attention du vigneron sur le côté attirant de son offre d’emploi. Il faut mettre davantage en avant les services tels que le repas ou l’hébergement et la qualité de l’expérience que souhaite partager la famille de vignerons.

D’autre part, la création d’un statut d’intermittent des saisons permettrait de fournir à ces travailleurs indispensables au monde agricole, un statut plus adapté à leur rythme de travail. Il permettrait également de mieux considérer leurs parcours professionnels composés de succession de travaux saisonniers.

Suite aux échanges, WiziFarm s’engage à adapter Mission avant les prochaines vendanges au recrutement par des chefs d’équipes.

Les échanges se sont conclus en rappelant l’effort de transparence que doivent s’imposer les employeurs vis à vis de leurs  saisonniers. Ils ont déjà entrepris cet effort de transparence dans leur communication auprès de leurs clients. L’image des vendanges  véhiculée doit rester celle d’un moment de fête et de partage.

Adrien Milard

La Marne Viticole – Novembre 2020